La pluie
Par Héloïse le samedi, 1 mars 2008, 14:31 - Lien permanent
Carnet de Roots, 14 novembre
Ces mois d'octobre et de novembre forment le moment le plus chaud et sec dans cette région du monde, à 5 degrés de l'équateur. Fin novembre, la saison des pluies pointera le bout de son nez avec des journées de pluie sans fin.
Mais pour l'instant, en saison sèche, il pleut assez peu et les averses sont intenses mais courtes.
A Deon goe Moen, le terrain de Joël où habite Gaëlle, la pluie est un magnifique spectacle de la nature.
Un peu avant l'averse, il fait chaud, très chaud malgré les nuages éparses. On sue à grosse goutte même en étant immobile et on espère une petite brise. Puis les nuages s'ammoncellent, gris, bleu foncés, noirs, venant de l'intérieur de la Guyane. On les voit assombrir le ciel derrière le dancing de Joël. Les petits drapeaux colorés commencent à claquer au vent et les arbres murmurent, bruissent puis tempètent.
Le vent précède toujours la pluie, annonçant à celui qui ne scruterait pas le ciel une averse à laquelle il faut qu'il se prépare.
Enfin les premières gouttes tombent, timides, comme tâtant le terrain... Faut-il tomber ? La réponse est le plus souvent positive et des trombes d'eau s'abattent alors sur nous. Si le vent souffle toujours, le paysage deviendra un tableau aux rayures en diagonales, comme un calque légèrement trouble sur la nature.
A ce stade, la vue d'ordinaire dégagée se retrécie drastiquement. Le Surinam disparaît de notre champ de vision et le fleuve devient brûmeux.
Seuls demeurent visibles et réels les arbres entourant les carbets et le dancing, énorme bâtiment multicolore.
La faune se tait, cachée à l'abri, seul le bruit sourd de l'averse parfois conjugué au gémissement du vent demeure, assourdissant.
Puis le bruit faiblit, le tempo ralentit. Ne reste que l'arrière garde du nuage, pluie beaucoup moins vaillante, et c'est la fin. Le Surinam récupère tous les nuages, toujours dans le brouillard, tandis que les palmiers gouttent et que la terre absorbe ce soudain arrosage.

Enfin la vie ensoleillée reprend son cours, la brume ou la vapeur s'élève de la forêt surinamaise d'en face. Il faut chaud, à quand la prochaine brise ?
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